mardi 8 mai 2012

M I S F I T

Today you can borrow, but tomorrow you gotta pay. Il oscille dangereusement, grands jetés de corps par-dessus une rambarde dont il est seul à distinguer la ligne, ses tracés sont invisibles à l'oeil nu tandis qu'il s'immisce entre les spectateurs clairsemés sur le parquet de ce soir-là. Rire de gorge et anguleuses manières qui ne plaisent à aucun quidam, le groupe a les yeux rivés sur lui tandis qu'il se confronte à renforts de geyser houblonneux à deux jeunes filles à la colle dont le seul tort aura été de dégainer une tablette pour immortaliser l'instant. Il faudrait un vortex de caniveau pour en venir à bout. Dès que les notes prennent fin, pourtant, il retrouve figure décente, comme si rien d'abrasif n'était advenu.

dimanche 6 mai 2012

M A N U R E V A

Je ne veux pas déchirer ta page de charmant petit monstre, pas arpenter les Jardins du Luxembourg avec l'amer en gorge, je ne veux pas saccager ton chic à la française à coups de ciseaux émoussés. Mais si ta vision du paradis consiste désormais à couler des jours heureux à Santiago de Cuba, Alain, si tu t'obstines à t'aventurer sur le terrain des duos de Marc, si tu veux adopter la position de la Femme-Araignée avec des paires de jambes gainées de rose à la dérive, ne compte pas sur moi pour sourire : l'heure est grave, je ne mangerai plus jamais de crackers.

G L A I S E

J'ai les doigts gourds, gourds d'avoir enfoui jusqu'aux poignets mes mains dans l'humus sans autre bonne raison qu'y trouver la réponse peut-être enfouie très bas. J'ai les lunules sales, sales d'avoir gratté en dedans, d'avoir cherché à cerner ce que recèle à dessein la fécondité du sol, cette nature secrète de la germination. J'ai épuisé la glaise, caressé les os blanchis de l'étourneau qu'on avait déposé là au printemps dernier, je n'ai pas trouvé d'autre trace.

samedi 5 mai 2012

A P P E A U

On aurait fort à faire de vouloir tout dire au sujet de cet homme, cette peau tavelée et ces orbites saillantes, offertes en pâture à la première passante, cette brousse auburn, ces mains aux jonctions noueuses et trop fines pour sa constitution. Ce serait encore peu de décrire sa façon d'être au monde, assis ou plutôt recroquevillé, rarement déployé malgré une certaine envergure, jamais un mot qui dépasse : on ignore tout de ses mystères gutturaux. Il n'est pas exactement débraillé, mais sa chemise recèle des constellations de tachettes brunâtres (café, brou de noix, gravy?) regroupées au niveau du col et des poignets. Niché au creux de sa main gauche, un de ces oiseaux de glaise qui produisent des pépiements plus ou moins fidèles, pour peu que la nature vous ait doté de la capacité à siffler. On ne le sait pourtant pas colombophile. On ne le sait pas non plus cycliste, luthier ou prince consort, accordéoniste. On le sait juste propre au regard.

jeudi 3 mai 2012

I N S E C T E

Elle dit "mixte" pour "mythe" sans sourciller. Dans sa gorge résident en nombre sauterelles, cloportes, petites flammèches roussies. Elle ne strie pas des dents, elle stride: chaque bouffée d'air est abrasive, chaque bonjour grinçant, toute tentative de cordialité aussitôt dissonante. L'ardoise et la craie sont ses seules alliées vers la sincérité. Mais lorsque de la main gauche, elle s'applique à réclamer en rondes et déliés "une baguette, SVP", on constate aussitôt que son éducation au Pensionnat des Vertus a été vaine. On ne peut pas lutter contre les ratures.